
Du 31 août au 5 septembre 2025, Dakar accueille le Forum africain sur les systèmes alimentaires (AFS Forum 2025). Présenté comme un rendez-vous majeur pour la souveraineté alimentaire, l’événement est fortement orienté business comme l’affirme le directeur général du forum.
« Il faut faire en sorte que ce forum soit une attraction, une conférence d’affaire. C’est un forum d’investissement, d’affaires. On doit faire en sorte que l’agriculture soit perçue comme un business » confie Amath Pathé Sene, le directeur général du forum africain sur les systèmes alimentaires
De ce fait, ce forum sert-il réellement les producteurs africains ou les intérêts des investisseurs notamment des organisations internationales ?
Avec une population en pleine croissance et des millions d’hectares encore cultivables, l’Afrique est perçue comme la nouvelle frontière de l’agro-industrie mondiale. Les grandes organisations internationales sous couvert d’aide au développement investissent massivement dans la mécanisation, la digitalisation et les biotechnologies.
Si ces initiatives sont souvent présentées comme des solutions à l’insécurité alimentaire, elles ouvrent aussi la voie à une standardisation des pratiques agricoles qui profite d’abord aux industries semencières, aux fabricants d’engrais chimiques et aux plateformes numériques mondiales.
La Fondation Bill & Melinda Gates, par exemple, finance depuis des années des programmes agricoles en Afrique, notamment via l’Alliance pour une Révolution Verte en Afrique (AGRA). Mais ses choix stratégiques privilégient l’usage massif de semences hybrides et d’intrants chimiques marginalisant les semences paysannes locales et fragilisant les systèmes agricoles traditionnels.
Le risque est clair : faire basculer l’agriculture africaine vers une dépendance accrue à des solutions importées au détriment de l’autonomie des producteurs.
Le discours officiel du Forum AFS Dakar 2025 met en avant la souveraineté alimentaire. Pourtant, la présence dominante des grandes organisations internationales et de leurs partenaires privés oriente déjà les débats vers une logique de rentabilité et de business agricole.
L’enjeu est moins de renforcer les pratiques locales que de créer un marché structuré, attractif pour les investisseurs mondiaux.
Quelle alternative pour l’Afrique ?
Face à cette tendance, il est urgent de rappeler que :
• Les savoirs paysans et les semences locales sont la véritable richesse du continent,
• La souveraineté alimentaire ne peut exister sans autonomie dans les choix de production,
• L’Afrique n’a pas besoin d’un modèle importé, mais d’une alliance équilibrée entre innovations modernes et pratiques ancestrales.
L’Afrique a tout à perdre si son agriculture devient seulement un business. Mais elle a tout à gagner si elle défend ses savoirs, ses semences et ses choix. La souveraineté alimentaire doit rester une affaire de peuples, pas seulement de marchés.