Reconnaître les systèmes semenciers paysans : un impératif pour la durabilité alimentaire en Afrique

Au Forum africain sur les systèmes alimentaires à Dakar, un panel d’experts a mis en lumière une dimension cruciale trop souvent reléguée à l’arrière-plan : la reconnaissance et la valorisation des systèmes semenciers paysans (SSP).

Véritables garants de la biodiversité agricole et de l’autonomie alimentaire des communautés rurales, ces systèmes apparaissent aujourd’hui comme une alternative solide face aux défis de souveraineté alimentaire sur le continent.

1. La reconnaissance d’un pilier agricole ancestral

Intervenant lors du premier side event, M. Famara DIEDHIOU, chargé de programme afrique de l’Ouest à AFSA, a rappelé que « les systèmes semenciers paysans constituent la base de notre patrimoine agricole et le socle de la résilience alimentaire en Afrique ». Selon lui, ces pratiques reposant sur la sélection, la conservation et l’échange de semences au sein des communautés locales doivent être intégrées dans les politiques publiques, au même titre que les filières industrielles. Il a souligné qu’ignorer ce pilier revient à fragiliser durablement la sécurité alimentaire africaine.

2. Des recommandations claires pour l’avenir

Ce side event s’est conclu par une série de recommandations fortes, reprises et soutenues par plusieurs acteurs. M. Famara a plaidé pour :

  • Une reconnaissance légale du système semencier paysan dans les cadres réglementaires nationaux et régionaux ;
  • Un financement accru en faveur de la recherche et de la documentation sur les semences locales ;
  • La protection des droits des paysans, notamment à travers des mécanismes qui leur garantissent la liberté de conserver, d’échanger et de vendre leurs propres semences ;
  • La valorisation des espèces locales, souvent négligées mais essentielles pour la diversité alimentaire et la résilience climatique.

Ces recommandations, selon lui, devraient guider l’action des gouvernements et des organisations partenaires pour donner toute sa place au semencier paysan dans les politiques agricoles africaines.

3. Femmes, gardiennes de la biodiversité semencière

Le deuxiéme side event portant sur la valorisation des SSP : cas de l’Afrique et de la Colombie a également mis en avant le rôle central des femmes. Mariama Sonko, productrice et membre du mouvement panafricain  » Nous sommes la Solution  » a affirmé : « Nous, femmes rurales, sommes les véritables gardiennes de la mémoire semencière. Chaque graine transmise est une histoire, une résistance et une promesse d’avenir. » dans son exposé
Dans le même sens, M. Sonko a insisté sur l’importance de reconnaître l’expertise féminine dans la préservation et la transmission des semences locales, rappelant que leur rôle dépasse largement la simple production agricole, pour s’inscrire dans une dimension culturelle et intergénérationnelle.

4. Des menaces persistantes sur les systèmes semenciers paysans

Si l’importance des SSP est aujourd’hui reconnue, ils demeurent menacés par la mainmise croissante des grandes entreprises semencières et agroalimentaires. L’introduction massive de variétés hybrides et génétiquement modifiées, souvent protégées par des brevets, limite l’autonomie des paysans et fragilise les systèmes traditionnels. Cette domination commerciale tend à uniformiser les cultures, réduire la biodiversité et accroître la dépendance des producteurs vis-à-vis de multinationales.
Dans ce contexte, la reconnaissance et la protection des systèmes semenciers paysans apparaissent non seulement comme une question de souveraineté alimentaire, mais aussi comme un enjeu de justice sociale et environnementale

2 Comments

  1. Aminata Niane Badiane

    3 septembre 2025

    C’est très important de conserver le savoir paysan en
    Matière de semences. Les hybrides sont bons dans un contexte bien déterminé qu’est l’agro-industrie mais nos paysans ont besoin de bonnes semences et de pouvoir les multiplier à leur guises pour leurs besoins ultérieurs.

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