
Lancé le 15 décembre 2023, Le Programme mondial pour les petits producteurs agroécologiques et la transformation durable des systèmes alimentaires (GP-SAEP) est une initiative conjointe visant à lever les principaux obstacles à la mise à l’échelle de l’agroécologie et à faciliter la transition vers des systèmes alimentaires durables, inclusifs et résilients. En mettant l’accent sur les semences paysannes, les bio-intrants, l’accès au marché et la petite mécanisation, le GP-SAEP s’impose comme un modèle pour l’avenir de l’agriculture familiale.
Dans cet interview exclusif avec Madame Ouedraogo Dioni Aicha, Chargée de suivi-évaluation et communication du programme GP SAEP à Autre terre.
1. Quelles sont les réalisations du programme GP-SAEP depuis son lancement à ce jour et les impacts sur les pratiques agroécologiques et les revenus des petits producteurs sur le terrain ?
Concernant la Promotion des semences paysannes et des PFNL (Produits Forestiers Non Ligneux), les réalisations incluent l’initiation de 16 SCOOP aux bonnes techniques de production de semences paysannes, avec l’appui de la recherche (Université de FADA et INERA), la mise en place de greniers traditionnels améliorés pour la conservation des semences, et la création de 10 pépiniéristes pour les plantes fertilitaires et utilitaires. L’impact direct est l’appropriation et la réplication des bonnes pratiques de multiplication de semences par les communautés à travers les CEP (Champs Écoles Paysans) de caractérisation, une meilleure maîtrise des techniques de reboisement, et une prise de conscience de la nécessité de protéger l’environnement et de préserver les espèces utilitaires.
Quant à la Promotion des offres de services agroécologiques, le GP-SAEP est en cours de mise en place de 5 unités de production de bio solutions et de 4 paysans champions, de 3 pôles d’entreprises agroécologiques (PEAE), et de 12 CEP dédiés au compost et au biochar. Cela a conduit à la création d’un marché de produits agroécologiques au niveau communal et à un regain d’intérêt pour les bio solutions (notamment le compost) de la part des communautés, se traduisant par de nouveaux contrats d’achat pour les unités de production.
Enfin, la promotion de la petite mécanisation a vu la mise en place de 5 CUMA (Coopératives d’Utilisation de Matériel Agricole) et de 4 artisans/équipementiers (avec dotation en infrastructure et matériel), tandis que l’Appui à la gouvernance s’est concrétisé par la mise en place des cadres de concertation provinciaux des acteurs de l’agroécologie.
2. Le programme ambitionne de lever des obstacles structurels (semences locales, bio-intrants, services-conseils, accès aux marchés). Parmi ces barrières, lesquelles sont déjà débloquées et lesquelles restent critiques selon vous ?
À ce stade, nous considérons que l’ensemble de ces obstacles sont débloqués, mais pas entièrement. Des stratégies robustes ont été déployées pour que les différents acteurs aient accès au marché (coaching, émissions radio, formation sur le marketing, la communication, mise en réseau via les PEAE, participation aux foires promotionnelles).
Il en est de même pour la question des bio-intrants et des semences. Cependant, tout dépend désormais du dynamisme et de la proactivité des acteurs sur le terrain pour pérenniser ces acquis. D’ailleurs, des actions de certification sont en cours pour certifier les bio solutions et tout autre produit des unités, ce qui est une étape clé pour la crédibilité et l’accès au marché formel.
3. Comment le GP-SAEP intègre-t-il la durabilité et la viabilité financière après la fin des financements ?

La durabilité est prise en compte à travers l’autonomisation de l’ensemble des entreprises coopératives et individuelles qui seront mises en place. Chaque entité sera équipée, appuyée techniquement, et surtout, mise en relation avec une Institution de Microfinance (IMF) pour garantir l’accès au financement et la pérennité de l’activité après la fin du programme.
4. Quel est l’état d’avancement sur les objectifs d’égalité de genre et d’emploi des jeunes ?
La question est prise en compte à travers un quota accordé aux jeunes et aux femmes dans les différentes interventions, autant que cela est possible, afin d’assurer leur participation active et leur leadership dans le secteur.
5. Quelles sont les principales leçons apprises jusqu’à présent au niveau national et transnational (entre projets pays), et comment ces leçons influencent-elles la stratégie de mise à l’échelle et la coordination entre bailleurs, ONG et services publics ?
Au niveau national, nous avons noté un manque de communication et de synergie entre les acteurs sur le terrain, ce qui a conduit à des interventions dans les mêmes zones auprès des mêmes bénéficiaires.
Une des recommandations cruciales est, à l’endroit des collectivités, d’organiser des cadres de concertation au niveau communal de l’ensemble des projets et programmes. À l’endroit des ONG et associations, c’est de mettre en place une plateforme qui répertorie les types d’intervention des uns et des autres dans les différentes localités. Cela permettra d’éviter les doubles interventions et d’apporter une meilleure réponse harmonisée aux communautés.
6. Quelles sont les actions futures et les perspectives d’avenir ?
Pour le GP-SAEP, beaucoup d’activités sont toujours à venir. Les principales sont :
- L’appui à la certification biologique SPG (Système Participatif de Garantie) des bio solutions.
- La mise en place de 3 comptoirs de vente supplémentaires.
- La dotation en équipements des unités de production de bio solutions, des CUMA, des paysans champions et des artisans.
- La mise en place de 3 Greniers Tradionnels Améliorés (GTA) supplémentaires.