Peut-on faire de la pisciculture agroécologique ?

A cette question, Alexis HOUNDJI , Spécialiste en Productions Halieutiques et Ecotoxicologie d’AquaDed (Aquaculture et Développement durable) prouve clairement que oui à travers une présentation exhaustive au diner agroécologique de la 8éme édition de la foire agroécologique et de restauration des mets locaux à Aplahoue , dans le couffo au Benin.

En effet, le secteur de la pisciculture au Bénin est à la croisée des chemins. Au diner agroécologique, Alexis a sonné l’alarme, dénonçant la fragilité d’un modèle de production fortement dépendant des importations.

Au Benin , quand nous prenons la pêche et la pisciculture réunies, nous ne dépassons pas les 60000 tonnes et nous importons plus de 120000 tonnes de poissons chaque année. cela constitue dans un premier temps une fuite conséquente des devises et en second lieu, nous ne connaissons pas la qualité de ce que nous mangeons.

a introduit Alexis dans son exposé

Le diagnostic dressé est sans appel : l’orientation passée vers une pisciculture intensive a exposé le secteur à un risque systémique. L’année 2020 fut un révélateur brutal. Alors que la production approchait les 6 000 tonnes, la pandémie de COVID-19 a provoqué une rupture d’approvisionnement des aliments pour poissons importés sur lesquels reposait ce modèle.

Sans nourriture, les fermes se sont effondrées, entraînant de nombreuses faillites et un crash de la production nationale, retombée à un niveau critique de 2 000 tonnes. Alexis a insisté : ceux qui ont survécu à ce choc étaient les producteurs qui avaient déjà intégré leur pisciculture dans des systèmes agricoles autonomes, non tributaires des intrants extérieurs.

Que veut dire donc une pisciculture agroécologique ?

Il s’agit d’un modèle qui inspiré par le milieu naturel, cherche à concilier la production et la préservation des ressources naturelles (eau, sol et écosystèmes). Concrètement, cette approche repose sur deux piliers techniques fondamentaux suivant la présentation d’Alexis.

D’une part, la polyculture, qui consiste à associer diverses espèces de poissons (ou d’organismes complémentaires comme les crevettes) pour valoriser l’ensemble de l’espace de production et réduire le besoin en intrants. D’autre part, la valorisation des sous-produits agricoles et animaux locaux pour composer une alimentation compétitive et de meilleure qualité nutritionnelle.

L’exemple le plus éloquent de cette synergie est l’aquaponie, que l’orateur a mise en avant comme le laboratoire de l’agroécologie. Ce système en circuit fermé associe élevage de poisson et culture végétale sans sol. Les déchets des poissons, riches en nutriments, sont naturellement filtrés par les plantes qui s’en nourrissent, renvoyant une eau purifiée aux bassins. Ce procédé permet de réduire la consommation d’eau de près de 90% et oblige le producteur à bannir strictement tout pesticide, le poisson agissant comme un bio-indicateur garantissant la salubrité de l’ensemble du système.

Il est donc impératif de documenter et de capitaliser sur les pratiques agroécologiques déjà mises en œuvre par les acteurs locaux résilients, afin de massifier leur diffusion.

Cette pratique est donc la réponse pour une aquaculture performante et une économie bleue locale, résiliente et véritablement souveraine.

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